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Des hommes et des mots

Jeunesse

17 Décembre 2012, 10:32am

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Publié par Patrice Branche

De la détresse à l’espérance

Avec les Apprentis d’Auteuil au service du frère le plus jeune...

L’Œuvre des Apprentis d’Auteuil prend racine dans la crise économique qui précède, traverse et suit la guerre de 1870. Les trois quarts de la population de Paris vit dans la misère et voit nombre de ses petits enfants jetés à la rue... L’abbé Louis Roussel, dans une maison du quartier d’Auteuil, fonde l’Œuvre de la première communion pour ces petits vagabonds « retardataires ». Pour leur offrir un autre avenir que la prison, il lance aussi l’Œuvre des Orphelins Apprentis d’Auteuil. Des ateliers d’apprentissage, cordonnerie, taille, menuiserie, serrurerie, fabrication d'objets religieux, jardinage, ouvriront les uns après les autres… Son imprimerie et son hebdomadaire La France Illustrée feront connaître les Orphelins Apprentis d’Auteuil. Parmi les successeurs de l’abbé Louis Roussel, en 1923, le RP Daniel Brottier qui sera béatifié par Jean-Paul II.

Une remise en cause permanente

Il y trente ans, après s’être longtemps occupé des garçons, cette Œuvre d’Église au service de la jeunesse en souffrance s’ouvre aux jeunes filles. Les établissements sont maintenant, pour la plupart, mixtes. Des filles aux très jeunes mamans, la frontière est ténue : un certain nombre de foyers mères-enfants ont été ouverts. Puis s’est posée la question de la prévention de ces situations de détresse qui conduit la Fondation à s’intéresser à la petite enfance et proposer des solutions nouvelles. Aujourd’hui une crèche au concept innovant va ouvrir à Bordeaux : dans le quartier des Aubiers on a recensé près de deux cent mamans célibataires sans emploi pour une population de près de quatre mille personnes.

L’internat des tous petits

À Blanquefort, lieu historique des Orphelins Apprentis d’Auteuil en Gironde, les structures se sont peu à peu différenciées : collège, lycée professionnel, unité de formation par apprentissage et internat éducatif ont été rejoints par une Maison d’enfants à caractère social qui accueille quatre-vingt enfants placés au titre de la protection de l’enfance. Cette Maison est répartie en unités de vie sur quelques communes autour de Blanquefort et jusqu’à Saint Estèphe. Là, les plus petits – entre deux et trois ans – qui sont placés, sont accueillis à l’école Saint Etienne dans une classe maternelle. L’unité de vie a été créée à côté de l’école et dépend de la maison d’enfants de Blanquefort. Accueil et formation sont l’axe fort de la Fondation : le regard éducatif et le regard pédagogique se complètent dans le PPJ, le parcours personnalisé du jeune.

Professionnaliser son offre de service

Depuis son origine, la Fondation a su se transformer, s’adapter aux évolutions de l’histoire ; aux ateliers ont succédé les écoles professionnelles devenues à leur tour écoles techniques suivant les programmes de l’éducation nationale. Les établissements passent sous contrat avec l’Etat dans les années 70. En 2009, la Fondation les Orphelins Apprentis d’Auteuil change de nom et devient « Fondation d’Auteuil » puis « Apprentis d’Auteuil » : 75% des élèves sont confiés par leur famille et 25 % le sont par l’Aide sociale à l’enfance suite à des décisions de juges pour enfants ou des mesures administratives. À côté de ses activités traditionnelles, la Fondation crée des associations spécialisées. Auteuil Petite Enfance, Auteuil Insertion, Auteuil Formation Continue et Auteuil Vacances Loisirs, quatre associations qui répondent à la nécessité de professionnaliser l’offre de service des Apprentis d’Auteuil. L’innovation accompagne la Fondation dans son développement.

Une Œuvre d’Église

Les nouveaux projets sont souvent une réponse de la Fondation à un appel des évêques. A Périgueux Mgr Mouïsse a demandé aux Apprentis d’Auteuil de soutenir une petite école dans un quartier ouvrier ; à Saint Estèphe, c’est l’enseignement catholique, en lien avec l’Archevêque, qui a souhaité la reprise de l’école St Etienne par la Fondation et le projet de crèche des Aubiers a été présenté à Mgr Ricard. Les Apprentis d’Auteuil, en 146 ans, sont toujours restés fidèles à leur vocation de service d’Église. Cette Œuvre qui su écouter les hommes de son temps est encore aux avant-postes dans le service du pauvre et du petit.

Jeunesse

Crédit photos JE Pasquier ; Besnard, JP Pouteau/Fondation d’Auteuil-Juin 2011


Petits enfants, enfants et mères célibataires, adolescents et aujourd’hui, familles, sont au cœur des préoccupations et du développement des Apprentis d’Auteuil, bien loin des seuls orphelins du 19ème siècle ou des deux guerres. Rencontre avec Christophe Korczeniuk directeur des Apprentis d’Auteuil Aquitaine.


Les Apprentis d’Auteuil ont un internat à Saint Estèphe pour les tout petits de deux ou trois ans ! Pourquoi si jeunes ?

Christophe Korczeniuk : On assimile souvent la mise en internat à une démission des parents. Nous affirmons le contraire : ceux-ci peuvent, à un moment donné, lorsqu’ils ont des soucis, sont sans emploi ou en proie à des conflits familiaux, avoir besoin d’une mise à distance salutaire de leur enfant. Ce que nous permettons par l’accueil en internat. L’enfant, ainsi, n’est plus au cœur de la tourmente. Le Médoc, notamment dans les milieux des saisonniers et des migrants, est confronté à la pauvreté. Nous constatons que les familles et les enfants sont repliés sur eux-mêmes. L’internat permet la stimulation, l’éveil de l’enfant, sa socialisation et le respect de règles de vie. Il trouve son épanouissement par toutes les propositions qui sont faites. L’internat est une vraie chance !


Dans le quartier des Aubiers, vous allez construire une crèche pour les petits… et leurs mamans !

En effet, dans ce quartier plutôt défavorisé, près de deux cent mamans célibataires sans emploi ont été identifiées. Nous avons proposé à la mairie de Bordeaux un projet original et innovant en ce sens qu’il allie l’accueil des enfants et l’accompagnement des parents vers l’emploi – principalement des mamans, mais pas seulement. Des espaces spécifiques, à côté de la crèche, serviront à la fois à l’accueil, au soutien à la parentalité et à la formation. Nous sommes, sur ce point partenaire de l’AFEPT#, le Service formation de Tivoli. Pour soutenir ce projet nous ferons, à l’occasion de la fête des mères, une grande opération « braderie solidaire » les 24 et 25 mai 2013 sur les quais de Bordeaux, où nous impliquerons des mamans isolées.

Pour favoriser l’emploi et en même temps le maintien du lien entre les parents et l’enfant, la crèche sera ouverte très tôt le matin jusque tard le soir. Les parents qui trouveront un emploi pourront déposer leur enfant ou venir le chercher en dehors des horaires habituels. Ceci illustre bien l’évolution de la Fondation. La Fondation est une Œuvre d’Église sous tutelle de la Congrégation du Saint-Esprit depuis 1923, à ce titre nous sommes en liens étroits avec nos évêques : j’ai donc présenté ce projet à Mgr Ricard.


Petits enfants, mères isolées, adolescents, vos publics sont très divers…

Nous nous intéressons à d’autres populations – les parents séparés, les familles pauvres – mais aussi aux problèmes d’emploi, de chômage. Nous voulons être vraiment en phase avec les difficultés de la société et apporter des réponses adaptées. Aujourd’hui nous nous interrogeons par exemple sur les 160 000 jeunes qui sortent chaque année de l’éducation nationale sans diplômes, sans aucune qualification. Nous organisons à ce titre un forum de réflexion qui se tiendra le 6 juin 2013 à l’athénée de Bordeaux sur la question du parcours vers l’emploi.

Le développement humain et spirituel des jeunes que nous accueillons nous guide et à ce titre nous essayons de faire en sorte qu’ils soient au service des autres : c’est une manière de les amener à se décentrer de leurs propres difficultés. Certains fabriquent des jardins surélevés pour que les personnes âgées en maison de retraite puissent jardiner… sans se baisser ! Chaque année, des actions éducatives de solidarité internationales envoient nos jeunes au Maroc, au Burkina, au Bénin pour des actions spécifiques. D’autres font du tri de vêtements pour les plus démunis avec la Société Saint Vincent de Paul. D’autres encore sont bénévoles aux Restaus du cœur, ou travaillent avec la Banque Alimentaire… C’est un peu l’idée qui a conduit au pèlerinage sur les chemins de Saint Jacques le mois dernier : se mettre en route vers les autres, aller à la rencontre, vivre la fraternité, être au service aux autres. Ce sont des valeurs que nous essayons de porter au quotidien et de transmettre aux jeunes.

Et les familles ?

Au sein de la Fondation d’Auteuil, nous commençons à parler d’un concept de Maison des familles. C’est un lieu où elles peuvent se poser des questions entre elles, acquérir des compétences sur la parentalité, se former entre elles… Des travailleurs sociaux seront là pour les aider mais ce sera un lieu de débat et d’entraide entre familles. A Grenoble, ce sont les bénévoles du Secours Catholique qui animent des groupes de paroles de parents dans notre Maison des familles.

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